Alphonse Teyabe - Interview

Pour Alphonse Teyabe, «30 % de Jésus» sur les radios évangéliques d’Afrique francophone cela suffit !

Il a été l’un des intervenants les plus écoutés du Séminaire de formation des radios évangéliques d’Afrique francophone, du 14 au 18 janvier à Lomé (Togo). Le Camerounais Alphonse Teyabe (prononcer Téyabé) est à la fois pasteur, chercheur et consultant en communication. Auteur du livre « Eglise et média. Contribution des radios évangéliques à la mission », il esquisse ici le rôle que pourrait jouer la centaine de radios évangéliques d’Afrique francophone pour annoncer un Evangile intégral.

Reprise de l’article de Serge Carrel publié le 21 janvier 2019 sur lafree.info

Que faites-vous dans le domaine de la radio au nord du Cameroun ?

Depuis 2003, nous y implantons des radios. Actuellement, il y a une dizaine de stations évangéliques. Cette région est une zone enclavée, où il n’y a pas assez de moyens de communication. Cette zone sous-développée est sous l’influence de l’islam. Dans ce contexte, les radios sont un moyen efficace pour annoncer la Bonne Nouvelle de l’Evangile et apporter une contribution au développement de cette région à travers les différentes émissions que nous diffusons.

A partir de votre expérience au nord du Cameroun, quel est l’impact de ces radios confessionnelles évangéliques ?

Ces radios apportent une contribution réelle sur le plan spirituel, dans l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Le message que nous transmettons va au-delà des barrières culturelles et des frontières géographiques. Parfois, des femmes ne parviennent pas à sortir de chez elles pour des raisons religieuses. Le message les rencontre dans leur maison et elles sont édifiées. Ces femmes sont attachées à ces radios et suivent les différentes émissions qui leur apportent de l’épanouissement pour elles-mêmes et pour leurs enfants. Il y a donc un apport non seulement sur le plan spirituel, mais aussi sur le plan «politique», soit en lien avec la vie de la cité. Nous aidons effectivement l’Etat dans la gestion de la cité par rapport aux problèmes environnementaux, de santé, d’éducation…

Concrètement ?

En 2010, lors d’une épidémie de choléra, par exemple, le gouvernement s’est approché de nous. Voyant notre audience et l’impact que nous avions sur la population – dans le grand nord du Cameroun, la radio Salaaman fait plus d’audience que la radio d’Etat! – le gouvernement nous a demandé de produire des émissions en lien avec l’épidémie de choléra. Il s’agissait de sensibiliser toutes les couches de la population à cette maladie qui avait commencé à décimer certains villages. Au travers d’émissions spéciales, nous avons fait venir des médecins, des délégués de la santé… En quelques semaines, nous avons pu éradiquer complètement cette maladie de la région.

Diriez-vous que votre radio a été l’instrument no 1 de cette éradication ?

Nous avons contribué à cette éradication, parce que nous y avons mis les moyens. Suite à cela, l’Etat a été obligé de signer un partenariat avec notre radio…

Quand vous dites « obligé », qu’entendez-vous par là ?

Vu le travail que nous faisions sur le terrain et l’impact que nous avions, les représentants de l’Etat n’avaient pas d’autre choix que de passer par nous pour lutter ensemble contre ce fléau. Les gens sont aujourd’hui très sensibilisés à cette question et nous n’avons plus entendu parler de cette maladie. Nous avons continué ce travail dans le domaine de la santé, avec notamment un programme élargi de vaccination contre certaines maladies comme la poliomyélite.

Cette radio confessionnelle a donc bénéficié de fonds de l’Etat pour mener à bien ces campagnes ?

L’Etat a des moyens financiers pour mener à bien de tels programmes. Il a donc investi dans notre radio et contribué ainsi à son financement. On voit également venir d’autres partenaires : des ONG, des maires qui cherchent des appuis pour certaines causes… Dans notre grille de programme, nous avons réservé 30 pour cent du temps à la diffusion d’émissions évangéliques et 70 pour cent à des émissions sociales et de développement. Nous pensons que l’Evangile concerne l’être tout entier : le corps, l’âme et l’esprit. Tous ces aspects doivent être pris en compte. Voilà pourquoi, nous réservons 70 pour cent du temps d’antenne à des programmes de développement : sur l’éducation, la santé, l’agriculture…

Vous essayez aussi de rejoindre les jeunes filles qui quittent précocement l’école… Que faites-vous pour les encourager à poursuivre leur scolarité ?

Nous avons constaté que, dans le grand nord du Cameroun, les filles abandonnent leur scolarité déjà au niveau de l’école primaire, parce que leurs parents les envoient très jeunes en mariage. Cette société privilégie beaucoup plus les garçons que les filles. Plus de 70 pour cent de la population est ainsi analphabète. Il fallait vraiment intervenir et le faire rapidement. Nous avons mis sur pied des émissions pour sensibiliser les parents à ce problème, ainsi que des spots publicitaires. Parfois nous avons envoyé notre personnel sur le terrain rencontrer la population dans les maisons et sensibiliser les parents pour qu’ils envoient les jeunes filles à l’école. Nous avons aussi réalisé des émissions spécifiques d’alphabétisation au niveau des radios.

Quel a été l’impact sur la population ?

Aujourd’hui, nous voyons que davantage de jeunes filles sont scolarisées. Certaines sont même allées à l’université et trouvent de bonnes places de travail. Il y a des filles qui étaient « scotchées » à leur poste de radio. Nous avons donc fait venir des inspecteurs pédagogiques pour compléter les émissions diffusées…

Certaines jeunes filles sont donc derrière leur poste dans leur maison ou dans leur case, et suivent les cours comme à l’école…
Elles suivent ces émissions et, une fois par semaine, nous les regroupons dans un établissement scolaire en partenariat avec cette école pour aller un peu plus loin. Aujourd’hui, on a des filles qui ont passé le CEP, leur BEPC… Il y en a même une qui vient d’avoir son baccalauréat grâce à nos émissions. La mayonnaise a pris et ces émissions touchent même des jeunes filles dans des villages reculés. Cela a un impact réel sur la population et notre objectif est d’apporter notre contribution à la transformation de la société.

Cette répartition entre 30 pour cent d’émissions évangéliques et 70 pour cent d’émissions de développement, est-ce un modèle à suivre par les radios évangéliques d’Afrique francophone ?

A mon sens, il est important que nous partagions notre expérience avec les autres radios d’Afrique francophone. Nous souhaitons inviter tous les acteurs des radios évangéliques francophones à se mettre ensemble et à implémenter ce modèle que nous venons de présenter. Il peut avoir un impact réel dans la population en vue du développement de la cité.

Propos recueillis par Serge Carrel

Bio express d’Alphonse Teyabe

Alphonse Teyabe est pasteur, chercheur et consultant en communication au Cameroun. Il a lancé plusieurs radios dans le nord de ce pays et il accompagne plusieurs radios et TV en Afrique francophone. Alphonse Teyabe a obtenu un doctorat aux Etats-Unis avec une thèse parue sous le titre : « Eglise et média. Contribution des radios évangéliques à la mission » (Maurice, Editions universitaires européennes, 2017, 352 p.).

Il est aussi le secrétaire général des Groupes bibliques des élèves et des étudiants du Cameroun (GBEEC) et de l’Alliance des évangéliques du Cameroun (AEC).

Marié, il est père de 4 enfants.

Serge Carrel - opinion

Quel journalisme évangélique dans l’espace public ?

Un engagement au Togo pour la formation des journalistes des radios évangéliques d’Afrique francophone et les 20 ans de l’émission Hautes Fréquences sur RTS La Première, c’est l’occasion pour Serge Carrel de montrer que, dans les deux situations, le journalisme évangélique demande audace et professionnalisme.

Reprise de l' »Opinion » de Serge Carrel publié le 25 janvier 2019 sur lafree.info

Dans notre quotidien, il est des collisions d’expériences qui donnent à réfléchir sur notre pratique. La semaine dernière, j’étais l’un des animateurs du Séminaire de formation des radios évangéliques d’Afrique francophone à Lomé au Togo, un rassemblement de plus d’une centaine de personnes à l’instigation de Radio Réveil à Bevaix (NE). L’occasion de rencontrer des journalistes, des animateurs et des techniciens de la centaine de radios qui se définissent comme évangéliques en Afrique francophone. Dimanche soir dernier, RTS Religion marquait sur les ondes de La Première à 19h les 20 ans de Hautes Fréquences, l’émission-phare de l’équipe des émissions religieuses de la radio de service public.

En Afrique francophone comme en Suisse, quelle présence ?

Dans les deux situations, l’occasion de s’interroger sur la présence dans l’espace public des journalistes évangéliques. En Afrique francophone, les radios confessionnelles évangéliques ont le vent en poupe. Elles font dans leurs programmes une large place à la prédication de l’Evangile, aux reportages concernant les Eglises et à la musique chrétienne. Elles jouent un rôle important à l’intérieur de l’Eglise ou des Eglises, mais aussi dans l’espace public pour encourager l’émergence d’une identité et d’une réflexion communes sur les grandes questions du moment. En Suisse romande, de par l’engagement œcuménique et interreligieux de l’équipe des émissions religieuses et de par la disparition de la légitimité de la voix chrétienne au sein de la société, la posture de RTS Religion flirte davantage avec la sociologie religieuse qu’avec un regard chrétien sur la société. Pour preuve la présence dimanche soir d’un sociologue, Philippe Gonzalez, spécialiste des médias et du religieux, et non d’un théologien chrétien particulièrement affûté sur la manière de positionner la foi chrétienne dans un contexte pluraliste.

Professionnalisme et audace plus que jamais à l’ordre du jour

Dans cette collision d’expériences aux antipodes : une convergence. D’un côté des radios évangéliques africaines qui cherchent à déployer un discours public qui permette de quitter le « tout Eglise » et de rejoindre un maximum d’auditeurs, notamment en limitant « Jésus » à 30 pour cent des programmes et en laissant une place importante aux thématiques de développement, à un Evangile holistique et intégral (voir la Déclaration de Lomé et l’interview d’Alphonse Teyabe). Du côté suisse, des Eglises qui promeuvent – puisque les journalistes sont salariés par les Eglises et les frais de production payés par la RTS – un discours d’analyse du fait religieux à partir de perspectives et de valeurs chrétiennes, un discours légitimé par l’histoire de la Suisse romande et par une société qui cherche à comprendre le religieux, sans développer d’affiliation à une quelconque chapelle.

Dans ces deux contextes bien différents, le journalisme évangélique a sa place. En Afrique francophone comme en Suisse, il demande professionnalisme et audace. Il s’agit de sortir des voies toutes tracées des convictions molles et non articulées, pour chercher et exprimer un regard sur le monde marqué par les valeurs et l’espérance que le Christ fait naître au cœur de nos vies. Dans les deux cas : un véritable « challenge », comme on dit aujourd’hui !

Serge Carrel
Journaliste responsable de lafree.info
Ancien journaliste à Radio Réveil et à l’émission Hautes Fréquences de RTS Religion

Séminaire Lomé 2019

Afrique francophone : une centaine d’acteurs des radios évangéliques signent la Déclaration de Lomé

Du 14 au 18 janvier, plus de cent personnes impliquées dans les radios évangéliques d’Afrique francophone ont participé à un séminaire de formation à Lomé. A cette occasion, les participants ont signé une déclaration visant à promouvoir les relations entre radios évangéliques. Par la création immédiate d’une page Facebook et par la réflexion autour de la création d’une agence de presse évangélique et d’une Fédération des médias évangéliques d’Afrique francophone.

Reprise de l’article de Serge Carrel publié le 21 janvier 2019 sur lafree.info

Le vendredi 18 janvier à Lomé, des journalistes, des animateurs, des promoteurs, des techniciens de plus d’une trentaine de radios évangéliques d’Afrique francophone ont signé un document intitulé « La Déclaration de Lomé ».

Un groupe Facebook pour stimuler la collaboration

Ce document décide de la création d’un groupe électronique pour encourager les échanges personnels et professionnels entre les participants au Séminaire de formation des radios évangéliques d’Afrique francophone qui s’est tenu du 14 au 18 janvier à Lomé à l’initiative de Radio Réveil (Suisse). Cette déclaration met aussi sur la table la possibilité, à l’avenir, de créer un site d’échange de contenus radiophoniques et une agence de presse africaine, évangélique et francophone. En final, la Déclaration de Lomé propose la création d’une Fédération des médias évangéliques d’Afrique francophone.

Pour le Camerounais Alphonse Teyabe, auteur d’une thèse de doctorat sur « Eglise et média. Contribution des radios évangéliques à la mission » et intervenant de poids dans le cadre de la formation, « cette déclaration vise avant tout à encourager les différentes radios à se mettre ensemble pour faire équipe. Il est impératif que nous puissions affronter ensemble les différents obstacles qui sont devant nous : le manque de professionnalisme, la difficulté à promouvoir des programmes de radio holistiques ou marqués par la mission intégrale. » Le fondateur de plusieurs radios au nord du Cameroun salue également l’idée de la création future d’une fédération des médias évangéliques d’Afrique francophone, acceptée sans opposition par les participants.

Encourager une nouvelle attitude entre radios

« Cette rencontre a permis à des barrières de concurrence de tomber entre les radios évangéliques, ajoute Emmanuel Ziehli, directeur de Radio Réveil et instigateur de la rencontre. Un de nos autres soucis, c’est le fossé entre générations, entre les personnes nées dans les années 60 et 70 et les jeunes qui ne se reconnaissent pas dans les leaders plus âgés. Il s’agit pour nous d’encourager l’émergence de nouveaux leaders qui puissent communiquer la foi à la jeune génération. »

Emmanuel Ziehli envisage de mettre sur pied une deuxième édition de ce séminaire. Ce dernier pourrait avoir lieu en janvier prochain à Lomé. « Face à une Afrique francophone qui double de population tous les 25 ans, l’heure a sonné de la transmission du témoin, conclut Emmanuel Ziehli. Ce n’est plus aux « petits Suisses » ou aux Français de produire des émissions pour l’Afrique, mais aux Africains de relever ce défi. Radio Réveil souhaite apporter sa contribution en promouvant la formation sur place. »

Des radios de 9 pays

Du 14 au 18 janvier, Radio Réveil, producteur d’émissions évangéliques de radio pour l’ensemble de la francophonie à Bevaix en Suisse, a organisé à Lomé (Togo) à l’occasion de ses 70 ans un Séminaire de formation des radios chrétiennes d’Afrique francophone. Ce séminaire a été mis sur pied en partenariat avec le Centre international chrétien d’étude, de recherche et d’information (CICERI) de Lomé et Radios Ebène et développement en France. Plus d’une centaine de personnes actives ou intéressées par la production radiophonique et provenant du Cameroun, de la République démocratique du Congo, de Côte-d’Ivoire, du Burkina Faso, du Mali, du Bénin, du Niger, du Sénégal et du Togo, y a participé.

Serge Carrel

Télécharger « La Déclaration de Lomé » publiée à l’occasion du Séminaire de formation des radios chrétiennes d’Afrique francophone.

Séminaire Radio Réveil à Lomé

Plus de 100 participants au séminaire organisé par Radio Réveil à Lomé

Du 14 au 18 janvier 2019 Radio Réveil organise un séminaire de formation des radios chrétiennes de l’Afrique francophone à Lomé au Togo.

Du 14 au 18 janvier, Serge Carrel, Alphonse Teyabé, Andrea Luzi et Emmanuel Ziehli de Radio Réveil, ainsi que Christian Gaspoz de Radio Ebène et développement partagent leurs connaissances en techniques radiophoniques, journalisme et médias électroniques avec une centaine de participants en provenance de dix pays de l’Afrique de l’ouest. Une belle occasion pour Radio Réveil de tisser de nouveaux liens avec ses radios partenaires et d’en rencontrer de nouvelles.

Lire l’article du 14.01.2019 paru dans TOGO BREAKING NEWS

Quelques images

Une voix de l'Evangile - Nina Guiaba

Une voix de l’Evangile

Volubile et pleine de vie, Nina Guiaba est l’une des animatrices de la radio Voix de l’évangile à Bangui, en République Centrafricaine. Témoignage d’une « mordue de radio » !

Au micro de notre journaliste, Nina Guiaba relate le parcours qui l’a amenée à s’engager au sein de la Radio Voix de l’évangile à Bangui, et également auprès du Réseau des journalistes pour les Droits de l’homme, en République Centrafricaine. Ecoutez.

Alain Auderset sort une nouvelle fois du bois avec son dernier livre

Dessinateur de BD, humoriste et musicien, Alain Auderset est l’invité de la rédaction de l’antenne de Radio Réveil PHARE FM Romandie. Au micro de Sophie, il nous parle de son troisième « Rendez-vous dans la forêt » tout fraîchement sorti de presse.

Le dessinateur Alain Auderset a quotidiennement rendez-vous avec Dieu, particulièrement en forêt. « Dans ce 3ème tome, explique-t-il, je lui laisse la parole. Mon amitié avec Dieu prime sur tout. Je le vois de plus en plus à l’oeuvre; à force d’aller puiser à sa Source, les choses se passent plus naturellement. »

Alain Auderset dédicacera son nouveau livre le 3 novembre prochain à la bibliothèque La Belle Porte au Geneveys-sur-Coffrane. Plus d’infos

Tout savoir sur le livre

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Monument indépendance Lomé

Séminaire de formation radio à Lomé

Du 14 au 18 janvier 2019 Radio Réveil organise un séminaire de formation des radios chrétiennes de l’Afrique francophone à Lomé au Togo.

Grâce au soutien de différentes fondations, l’association Radio Réveil organise une semaine de transmission et d’échanges de connaissances techniques, journalistiques et marketing à l’intention des représentants de ses radios partenaires ou d’autres radios intéressées.

Plus d’infos